Private Nature Reserves sign with tree swallow

Pourquoi les réserves naturelles sont-elles interdites au public?

Vous avez peut-être remarqué que certaines réserves naturelles, comme notre Réserve naturelle du Ruisseau-Robert, sont interdites au public.

Après plus d’un an à vivre avec les contraintes d’une pandémie, plusieurs d’entre nous ont réalisé à quel point marcher dehors à l’air frais est important pour notre santé mentale et physique. On pourrait soutenir que maintenant, plus que jamais, les gens affluent vers les parcs, les plages, les terrains de camping et autres espaces verts pour explorer, socialiser et rester actifs. Nous sommes devenus plus conscients des bénéfices d’une simple promenade en forêt urbaine ou sur une plage isolée; d’entendre les oiseaux chanter ou d’observer paisiblement un cerf dans un champ.

En recherchant des endroits extérieurs locaux à visiter le week-end ou pendant les vacances, vous avez peut-être remarqué que certaines réserves naturelles sont interdites au public. Bien que cela puisse sembler illogique ou offensant à première vue, il est important de comprendre le raisonnement derrière une telle restriction et les empreintes que nous, humains, pouvons parfois avoir sans le savoir sur notre environnement fragile.

Quelle est la différence entre un parc et une réserve naturelle?

Les parcs, qu’il s’agisse de ceux de votre communauté ou les grands parcs nationaux, ont été conçus en pensant aux visiteurs humains. En général, ils ont des sentiers, des toilettes, des salles à manger, des structures de jeu, des plates-formes d’observation et des stationnements. Une réserve naturelle privée, en revanche, est une zone privée gérée avec un seul but: préserver sa faune et sa flore. En outre, des réserves naturelles sont souvent établies afin de protéger des espèces spécifiques menacées ainsi que leurs habitats et/ou des espèces fauniques et végétales menacées dans une zone géographique particulière.

Néanmoins, cela ne veut pas dire que certains parcs n’ont pas d’aires de conservation intégrées, et comme vous l’avez probablement remarqué, la plupart des parcs ont des politiques et des règles à suivre afin de limiter les impacts humains sur l’environnement. Les réserves naturelles privées vont encore plus loin, en laissant la nature poursuivre son cours avec le moins d’impact humain possible.

Quelles activités humaines affectent particulièrement l’environnement naturel?

Véhicules motorisés

Pour ceux qui aiment la sensation forte de la vitesse et du plein air, faire du VTT ou du moto-cross peut être très amusant. Malheureusement, ils peuvent également être assez destructeurs lorsqu’ils sont utilisés dans des endroits qui ne sont pas entretenus spécifiquement à cette fin. Lorsqu’ils sont conduits sur un sol mou au printemps ou après des pluies, leurs pneus creusent des ornières dans le sol qui endommagent les sentiers et qui ont également tendance à retenir des flaques d’eau. Ces flaques attirent les tortues et les grenouilles qui risquent ensuite d’être écrasées au passage d’un prochain véhicule. Dans certains cas, les véhicules quittent les sentiers pour prendre des raccourcis, éviter les piétons ou tout simplement pour s’aventurer en zone sauvage. Ceci est particulièrement problématique, car les véhicules peuvent endommager la végétation, écraser les petits animaux, propager des espèces envahissantes, provoquer une érosion le long des berges des cours d’eau et laisser derrière eux des polluants comme de l’huile, de l’essence et des lubrifiants.

De plus, la pollution sonore est également une préoccupation majeure et il a été démontré qu’elle cause des dommages auditifs aux animaux à un tel point que leur capacité à se comporter naturellement est affectée. Si nous considérons que même le son de nos voix suffit pour faire fuir la faune, il devient évident que des machines bruyantes peuvent créer de grands stress.

Les véhicules motorisés creusent des ornières.

Patinoires sur les étangs

Pendant nos hivers froids, la neige agit comme un isolant qui protège les reptiles, les amphibiens et les poissons qui hivernent. Lorsque nous déblayons la neige des étangs pour créer des patinoires, l’air glacial entre en contact direct avec la couverture de glace, ce qui la fait s’épaissir. La glace étant plus épaisse ainsi que l’augmentation du délai de fonte de celle-ci réduit énormément les niveaux d’oxygène dans l’eau sous la glace et augmente considérablement le risque de mortalité pour les poissons et les amphibiens.

Promenades hors-sentiers

Lorsque nous explorons une zone qui n’est pas régulièrement entretenue ou conçue pour accueillir les visiteurs, nous devons souvent marcher hors des sentiers pour éviter les arbres tombés, la boue et les flaques d’eau. En quittant les sentiers, nous risquons de piétiner la végétation, de casser des branches et même de marcher accidentellement sur des insectes, reptiles et amphibiens. De plus, le sol sous nos pieds se compacte, ce qui rend difficile la croissance des racines qui maintiennent le sol en place, facilitant ainsi l’érosion. Enfin, marcher hors des sentiers contribue également à la propagation d’espèces envahissantes, car les graines collent à nos chaussures et à nos vêtements et nous les transportons d’un endroit à un autre.

Animaux domestiques

En tant que propriétaire d’animaux, il est difficile de penser que nos amis à quatre pattes pourraient causer du tort. Après tout, ils partagent souvent les mêmes caractéristiques que nous: ils sont énergiques, curieux et aventureux. Cependant, dans une réserve naturelle, nos chiens peuvent malheureusement représenter un risque pour la faune et ses habitats. Bien que tous les chiens aient des tempéraments différents, beaucoup ont tendance à vouloir courir ou aboyer après d’autres animaux. Il va sans dire qu’il s’agit d’un facteur de stress majeur pour la faune de toutes formes et tailles, qu’il s’agisse d’un cerf, d’un renard ou d’une grenouille.

De plus, certaines espèces d’oiseaux nichent au sol, comme le goglu des prés et le pluvier kildir, et certains chiens ont tendance à déranger ces oiseaux et leurs nids. Tout comme nous, les chiens peuvent également piétiner la végétation, propager involontairement des espèces envahissantes, déterrer les arbres morts et creuser le sol, ce qui peut perturber les sources de nourriture et les habitats de certaines espèces. Enfin, même les chiens en bonne santé peuvent laisser dans leurs excréments des parasites, des bactéries et des virus qui peuvent se propager à d’autres animaux. Cela ne veut certainement pas dire que vous ne devriez jamais profiter du plein air en compagnie de votre chien. Toutefois, il existe des endroits avec des sentiers aménagés pour la promenade avec votre chien et il s’agit d’une option beaucoup plus sécuritaire pour la faune ainsi que pour votre compagnon.

Une marmotte rentre un sac à ordure dans sa tanière.
Le pluvier kildir est une espèce qui niche au sol.

Déchets

Bien que la majorité d’entre nous jettent nos déchets dans les endroits appropriés, les données démontrent que le montant de déchets laissé au sol par les visiteurs est en augmentation dans les parcs publics au cours des dernières années, et ce partout au Canada. En limitant l’activité humaine, les gestionnaires de réserves naturelles espèrent qu’il y aura une diminution de déchets dans le milieu naturel. Néanmoins, les ordures se retrouvent inévitablement dans les réserves naturelles, que ce soit intentionnellement (gros appareils électroniques ou de matériaux de construction déposés en périphérie, par exemple) ou accidentellement (quelqu’un qui oublie une canette dans la forêt). Il est également important de noter que contrairement aux parcs publics qui ont des poubelles le long des sentiers et à proximité des aires de repos, les réserves naturelles privées qui sont interdites au public n’en ont généralement pas.

Une marmotte dans la réserve naturelle de Fauna
Une marmotte rentre un sac à ordure dans sa tanière.

Conclusion

Lorsqu’on ajoute à cette liste les actes délibérés de braconnage, d’exploitation forestière illégale, de vandalisme ainsi que le risque d’incendie, il devient clair que si le but ultime est de laisser la nature évoluer avec le moins d’interférence humaine possible, restreindre l’accès du public dans les aires protégées fait tout simplement du sens. Les réserves naturelles sont essentielles si nous voulons que les générations futures aient le privilège et la possibilité de profiter de la nature comme nous le faisons aujourd’hui. Après tout, c’est grâce à notre compréhension, notre amour, notre coopération et notre respect de la nature que la faune et la flore continueront de prospérer autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces aires protégées.